[BIFFF 2011] Mirages / Midnight Son / Transfer

de le 21/04/2011
 
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En léger différé depuis Bruxelles, les dernières critiques express du BIFFF :

Mirages de Talal Selhami

Premier film du réalisateur marocain Talal Selhami qui après son court métrage Sinistra est approché par un autre réalisateur marocain Nabil Ayouch qui a dans sa besace le scénario de Mirages et qui aimerait bien lui confier la réalisation.

Le cinéma marocain étant, pour grande partie, confiné à ces frontières, au mieux au Maghreb, peu d’œuvres parviennent jusque chez nous et cela vaut aussi pour le cinéma fantastique inexistant malgré une culture propice au genre. En cela Mirages constitue une curiosité, voire une première. Prenant pour prétexte un entretient d’embauche d’un genre nouveau qui décidera qui sera le plus à même de diriger la nouvelle filiale d’une grande firme récemment implantée au Maroc, le réalisateur embarque nos 5 protagonistes dans une camionnette direction l’inconnu. Après une embardée et une fois sortis de la carcasse de la fourgonnette censée les mener à destination, les candidats découvrent qu’ils sont en plein milieu du désert et que le chauffeur a disparu. S’agit-il d’un test d’embauche ou du hasard ? Cette question passera vite au second plan, tant tout le propos du film réside dans la façon dont les protagonistes vont gérer la situation, leurs peurs, leurs angoisses symbolisées par des mirages qui trouvent écho dans le vécu de chacun réveillant les traumatismes qui les habitent.

Voyage initiatique et introspectif de groupe, Mirages est un film qui met en avant les tourments des personnages principaux dans une mise en scène maîtrisée mais non sans défaut à mes yeux. En effet, la caméra ne cesse de trembler à chaque cadrage et l’utilisation plus ou moins heureux du zoom peuvent être agaçant à la longue malgré ça on nous gratifie de quelques scènes absolument sublimes, qui font références à des classiques du genre et qui font de ce film, un métrage de très bonne facture pour un premier essai.

Marquant peut être les prémices du cinéma fantastique marocain, Mirages est une très bonne surprise, film sans autres prétentions que celui de distraire, il propose tout de même une bonne réflexion sur qui nous sommes et sur les traumatismes qui nous détermine en tant qu’homme. Tout le monde a des traumatismes, des angoisses et ceux-ci peuvent à tout moment ressurgir pour dévoiler une personnalité qu’on essayait jusque là de dissimuler. Ce propos s’incarne parfaitement avec le personnage de Jamal, jeune fils à papa, névrosé et drogué qui cherche la considération de son père qui n’aura jamais été présent pour lui et dont on nous fait comprendre qu’il le traite comme un moins que rien, comme un parasite et dont tous les actes seront par la suite dictés par la seule volonté d’obtenir l’admiration de son paternel.

Premier essai concluant donc. Film intelligent et esthétique, malgré quelques petits défaut de jeunesse et quelques longueurs, parfois brute et violent mais toujours juste, Mirages marque les débuts d’un réalisateur prometteur qu’il faudra suivre.

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Midnight Son de Scott Leberecht

Depuis les débuts du cinéma le mythe du vampire est probablement celui le plus retranscrit sur le grand écran. Du Nosferatu de Murnau aux imbuvables gothico-romantiques Twilight qui font jubiler les jeunes filles en fleur. On était en droit de penser que tout avait été dit et fait sur ce mythe intemporel et que le filon était usé jusqu’à la corde rendant toutes vision novatrice difficile, voir impossible. Mais c’était sans compter sur la petite révolution que fût Morse et qui peut être dorénavant considéré comme une référence.

Et c’est dans ce contexte que Scott Leberecht, habituellement dévolu aux effets spéciaux et qui a travaillé notamment sur Sleepy Hollw ou sur le très mauvais Spawn, décide de se lancer dans la réalisation d’un film de vampire. On pouvait craindre le pire avec le vague de film de ce genre qui déferle sur nos écrans depuis quelques années mais Scott Leberecht préfère lui se pencher vers des valeurs sûres du genre comme Martin de Romero ou encore le très récent et non moins excellent Morse par un traitement radicalement différent et original.

On peut considérer ce Midnight Son comme une synthèse des 2 films cités. En effet, à l’instar du film de Tomas Alfredson qui met en avant l’obligation qu’à un vampire d’être invité avant d’entrer chez quelqu’un (D’où son titre original), Scott Leberecht se focalise lui sur deux autres aspects du vampire : son allergie au soleil et sa soif de sang. Exit donc les pouvoirs surnaturels et tout le côté séduction, gothique et sexuel qui font les choux gras de certaines productions.

L’absence de pouvoir n’est pas le seul point commun avec le Martin car tout comme dans le film de Romero, Jacob, interprété par l’excellent Zak Kilberg est d’apparence tout à fait normale et qui malgré une maladie de peau l’empêchant d’aller au soleil, n’a pas grand-chose à voir avec un vampire. Tout comme dans Martin donc le doute subsiste, tout du moins au début du film, sur la personnalité du personnage principal. Arrivé à l’aube de ses 25ans, Jacob sent qu’il est en train de changer. Il a toujours vécu avec sa maladie dermatologique mais de nouveaux symptômes apparaissent et il est régulièrement pris de subites fringales, l’obligeant à dévaliser son frigo. Jusqu’au jour où Jacob dans une frénésie de gloutonnerie incontrôlée se met à boire le sang que son morceau de viande avait laissé dans la barquette. C’est à cet instant précis que Jacob prend conscience de ce qu’il est vraiment et de ce dont il a besoin pour calmer ses envies.

Scott Leberecht prend donc le parti de traiter le vampirisme comme une addiction, le vampire devenant un drogué, accro à l’hémoglobine, obligé de trouver des réseaux parallèles pour avoir sa drogue. Le metteur en scène n’oublie aucun aspect, de l’état de manque jusqu’aux conséquences que peut avoir l’addiction sur la vie sentimentale, sociale et professionnelle de Jacob. Sa condition de drogué lui gâche sa vie. Son besoin incoercible de sang l’amenant jusqu’à tuer pour avoir sa dose. Personnage a qui tout pourrait sourire, doté d’un certain talent pour la peinture, il rencontre aussi une jeune demoiselle dont il tombera amoureux mais ses pulsions incontrôlables l’empêchent d’avoir une vie normale.

Par son approche originale et ses références aux films de Romero et d’Alfredson en mettant en scène un vampire humanisé et asocial mais asocial car différent, Scott Leberecht nous offre une vision nouvelle sur ce mythe sans en occulter les principes de base, un tour de force remarquable tant la tâche était délicate. Servi par de très bons acteurs et par une mise en scène léchée qui nous gratifiera d’un plan final magnifique, ce film a petit budget est une excellente surprise et s’inscrit dans la veine des films de vampires de référence marquant ainsi de son empreinte la longue histoire cinématographique de ce mythe qui semble encore nourrir les inspirations pour notre plus grand plaisir.

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Transfer de Damir Lukacevic

Film allemand réalisé par Damir Lukacevic et inspiré par une nouvelle de la papesse de la science fiction espagnole : Elia Barcelo, Transfer nous emmène dans un monde où l’esprit peut être réincarné dans un autre corps, de préférence plus jeune et en bonne santé.

Sujet propice au développement d’interrogations et de thématiques dont le réalisateur teuton ne se privera pas. A travers un couple de vieux qui s’aiment de manière indéfectible et qui ne veulent pas se voir séparer par la mort, celle-ci approchant inéluctablement, ils décident alors de contacter une société, menzana, qui leur promet de faire un transfert cérébrale dans des nouveaux corps.

Seulement ce sont des corps africains, ce qui semble poser problème à nos anciens et qui permet, dans un propos très juste, au réalisateur de traiter de plusieurs sujets avec une rare cohérence. En effet Damir Lukacevic lance une réflexion sur le racisme, le néo esclavagisme – puisque l’africain étant pauvre et facile à acheter, menzana va privilégier ce filon pour son commerce – et le rejet de l’autre sans pour autant tomber le manichéisme et la facilité, avec en toile de fond une critique du libéralisme philosophique qui fait que tout est marchandise même le corps.

Le corps justement est au cœur de la réflexion du réalisateur, plus que l’esprit, puisqu’il est ici acheté, utilisé. L’esprit est donc dépouillé de son enveloppe charnelle, mais peut il vraiment être dissociable du corps ? L’esprit et la chair sont ils liés ? Peut-il étre incarné par un autre corps que celui qu’il a toujours connu sans poser problème ?

Transfer est un film qui pose beaucoup de questions et qui propose une réflexion intéressante sur l’étique et la morale déviées par la logique marchande mais qui tombera malheureusement petit à petit dans le bon sentiment tiers-mondiste qui gâche le film jusqu’ici très juste dans son propos. Réalisé de belle manière et sans réelle défaut dans la mise en scène et la narration et servi par de très bon acteurs, ce film d’outre-Rhein reste un métrage de science fiction intéressant mais dont l’écroulement du propos sur la fin du film laisse un goût de regret.

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