Alien: Covenant : retour sur la saga mythique

de le 26/04/2017
 
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Pour célébrer en ce 26 avril l’Alien Day (04/26 correspondant aux chiffres de la planète LV-426 du film de 1979), revenons ensemble sur la célèbre saga horrifique de science-fiction avant la sortie prochaine d’Alien: Covenant.

A n’en pas douter, Alien: Covenant est l’un des films les plus attendus de 2017. La suite de Prometheus permet à son réalisateur, Ridley Scott, de retrouver la mythologie du célèbre xénomorphe, auteur du massacre à bord de l’USCSS Nostromo dans Alien : le huitième passager (1979). De l’eau a coulé sous les ponts depuis, la saga Alien ayant été reprises par trois différents mais brillants réalisateurs. Prometheus marquait déjà la volonté de Ridley Scott de poursuivre son entreprise dans une voie différente, mais Alien: Covenant semble jouer sur les deux tableaux : une science-fiction moderne et d’ampleur, mais qui conserve sa dimension anxiogène et horrifique – nous avons par ailleurs vu une quinzaine de minutes du film, allant justement dans cette direction. Autant dire que l’hémoglobine est au rendez-vous.

Comme pour le film de 1979, le casting est de choix, en particulier pour les seconds rôles. Outre Michael Fassbender, revenant dans le rôle de David (et d’un autre androïde, Walter) et Noomi Rapace reprenant son rôle d’Elizabeth Shaw, il faut compter sur une nouvelle tête d’affiche, Katherine Waterson, mais aussi James Franco, Guy Pearce (reprenant lui aussi le rôle de Peter Weyland) ou encore Demián Bichir. De quoi faire dans cette lutte au parasite qui promet d’être sans pitié, coincés tantôt sur une planète abandonnée, tantôt dans les coursives de vaisseaux savamment designées par Chris Seagers.

2017 sera par ailleurs une année importante pour Ridley Scott, sortant d’une part Alien: Covenant, mais produisant également Blade Runner 2049, suite de son grand chef-d’œuvre, sortant en octobre 2017.

Alien: Covenant sortira en France le 10 mai 2017.

Profitons-en pour faire une petite balade rétrospective dans les tréfonds obscurs de la saga Alien, quelque part dans l’infini de l’espace, là où personne ne nous entendra crier…

alienTexte de Marc Moquin

Alien, le huitième passager, de Ridley Scott (1979)

C’est l’histoire de petits monstres, sortes de vilains farfadets, qui grignotent les câbles à l’intérieur d’un bombardier B-29 Super-Fortress, quelque part au-dessus du Pacifique, pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cela ne vous dit rien ? Et pourtant, c’était l’intrigue de Gremlins, prototype d’Alien : le huitième passager, signé par son scénariste Dan O’Bannon. Nageant en plein dans la série B, le film aurait pu – aurait dû – être une production Roger Corman. Dan O’Bannon, aidé par son bon ami Ron Shusett (aussi scénariste, on lui doit notamment l’adaptation de Total Recall), aura le bon sens de combiner ce projet avec une autre matrice de série B, un certain Star Beast… Il n’est pas anodin de revenir sur la genèse d’Alien : le huitième passager, car l’efficacité absolue du film de Ridley Scott tient aussi de la simplicité de son postulat. Et c’est là, où alors, tout devient permis pour le réalisateur, quand justement d’autres ont abandonnés, comme Robert Aldrich ou Jack Clayton, y voyant « une série B stupide ».

Contrairement aux apparences, Alien, le huitième passager, est un film complexe. Ça n’est pas tant simplement une épopée horrifique, bien qu’elle soit remarquable. Le film est d’une part une contre-proposition, sorte de réaction épidermique à La Guerre des étoiles, sorti deux ans plus tôt et redéfinissant tout le canon de la science-fiction selon un idéal d’action et de conte fantastique lumineux et merveilleux. La vision de Ridley Scott est l’exact inverse : une science-fiction obscure, lancinante, anxiogène, et où la dimension du conte tient davantage du fantastique morbide. Alien : le huitième passager, est une œuvre résolument psychologique voire psychanalytique : métaphore du viol, de l’enfermement, de la pulsion de mort. La simplicité de l’intrigue permet justement l’application sur le fond du récit et ses personnages, notamment Ripley (Sigourney Weaver), le capitaine Dallas (Tom Skerritt) et l’ambivalent androïde Ash (Ian Holm). C’est aussi un film politique, se méfiant des industries corporatives et de leur capitalisme inhumain, et réfléchissant enfin sur l’échec du collectivisme, représenté ici à travers l’inefficace lutte des membres d’équipage contre l’horrible mais si parfaite bête.

La forme cinématographique absolue du film l’a fait entrer dans la légende. C’était seulement le second long-métrage de Ridley Scott, préalablement repéré avec Les Duellistes (1977), mais il a su s’entourer des collaborateurs idéaux : le – littéralement – démentiel artiste suisse H.R. Giger, créateur du style biomécanique ornant le film, le dessinateur français Jean « Moebius » Giraud, le designer Chris Foss* ou encore le grand compositeur Jerry Goldsmith, signant ici l’un de ses plus grands thèmes, entre mélancolie symphonique et expérimental atonal. La combinaison a forgé un film absolument intemporel, sondant des thématiques qui sont encore au centre de nos préoccupations, et surtout, titillant une peur primale qui n’a pas fini de nous lasser.

* Ces trois derniers, ainsi que le scénariste Dan O’Bannon, avaient préalablement travaillé ensemble sur le fameux projet Dune d’Alejandro Jodorowsky, dont l’incroyablement développement est relaté dans le documentaire Jodorowky’s Dune. A noter que Ridley Scott a fini par reprendre un temps le projet, juste après Alien, et qu’aujourd’hui, Denis Villeneuve, réalisateur de Blade Runner 2049, est envisagé pour en faire une nouvelle adaptation.

aliensTexte de Vanessa Seva

Aliens, le retour, de James Cameron (1986)

Quelques années après Alien, sort en 1986 Aliens, le retour. Ce sera le second opus réalisé par James Cameron. Le réalisateur de Terminator était fan du long-métrage signé par Ridley Scott. Il pense que l’œuvre est un film d’horreur à part et très stylisé. Il avait bien le premier volet en tête lorsqu’il écrivait le scénario pour apporter la suite la plus logique possible. Il imaginait le rôle de Ripley évoluer et Sigourney Weaver toujours dans le personnage même si elle n’était pas encore engagée. Puis il a pu écrire et communiquer avec l’actrice à propos de l’intrigue, elle se demandait si elle devait en vouloir aux aliens ou pas .. Elle avait des appréhensions. Cameron a eu ensuite l’idée d’un revenge movie. Le cinéaste a aussi convaincu Sigourney Weaver de porter une arme. Elle était contre mais il a eu gain de cause en lui apprenant à tirer.

Aliens, le retour s’affranchit totalement du premier volet et apporte un style nouveau à la saga. Au départ, Cameron ne voulait pas faire un film effrayant, bien que ce soit finalement un peu le cas de son long-métrage. La guerre est au centre du récit mais la mise en scène et les xenomorphes qui s’avèrent être nombreux rendent le long-métrage angoissant. Le style est travaillé, il y a cette atmosphère spéciale propre aux films de Cameron. On est dans un monde de science-fiction, mais rien ne brille, les objets ont vécu. A vrai dire, tout est austère dans Aliens, le retour car nous sommes dans le monde des créatures venues d’ailleurs, donc évidemment, pas réellement les bienvenus. Pourtant Ripley y retourne, elle doit exorciser ses peurs, elle se fiche de l’argent. C’est un combat physique et psychologique, un peu comme les soldats qui retournent à la bataille.

A la place d’un chat, le personnage trouve une enfant qui se nomme Newt, elle permet à la mère de retrouver un rôle qu’elle a perdu. Ce sera un challenge de plus dans sa lutte, car elle la protégera face à une autre mère qui sera tout aussi furax : la reine des aliens. Le design de celle-ci a été élaboré par James Cameron et Stan Winston l’a sculptée. Les deux artistes ont travaillé en respectant le travail que Giger avait fait auparavant. C’était aussi une manière de se démarquer pour le réalisateur, il voulait amener un personnage que l’on ne voyait pas dans le premier film. C’est plus que réussi car elle est une icône de la culture pop. Aliens, le retour est un vrai film de guerre avec des dialogues totalement imprégnés des longs-métrages de guerre des années 40/50, les soldats ont leur façon bien à eux de communiquer. C’est une vrai expédition militaire avec le coté high-tech et futuriste. Cameron a su rendre son film réaliste car il s’impose toujours des limites dans sa science-fiction. L’œuvre est aujourd’hui une référence et le film le plus populaire de la saga.

alien3Texte d’Alexis Hyaumet

Alien 3, de David Fincher (1990)

Le troisième volet tient une position relativement particulière dans cet univers. Tandis que les autres épisodes correspondent à la vision de leur auteur, Alien 3 est le seul à avoir été renié par son réalisateur qui n’est autre que David Fincher. Venant du monde du clip, ce dernier hérita d’un projet chancelant pour son premier long-métrage et qui connu de nombreux déboires dans sa conception. Avec le succès d’Aliens, les producteurs cherchèrent une nouvelle voie pour la franchise, n’ayant pas laissé James Cameron poursuivre son œuvre et malgré d’avoir proposé à Ridley Scott de revenir pour mettre en scène ce troisième opus. Le scénario passa entre les mains de William Gibson, Eric Red et David Twohy, pour finir entre celles de Vincent Ward, à qui incomba également la tâche de le réaliser. Celui-ci avait l’idée d’une planète creuse et faite de bois, tenue par une société exclusivement masculine, vivant recluse et monastique. John Fasano développa cette idée en un scénario où la capsule de sauvetage de Ripley s’écrasait sur cette planète labyrinthique et dont les habitants voyaient l’arrivée du xénomorphe comme une résurrection du Diable en personne, causée par la présence féminine de Ripley.

Après une ultime réécriture, la production d’Alien 3 débuta. Mais alors que des décors étaient déjà construits et le casting quasiment achevé, le réalisateur décida subitement de s’en aller. Vincent Ward avait découvert que les studios espionnaient ses moindres faits et gestes et donnaient des ordres contraires à ses collaborateurs. La réalisation d’Alien 3 fut un parcours du combattant pour le jeune David Fincher. Débauché en urgence par les studios, il dut réécrire rapidement le scénario en fonction des décors et du casting déjà constitué. Malgré la protection apportée par Sigourney Weaver, l’impétueux réalisateur ne se laissera pas faire quand les producteurs et exécutifs des studios lui imposèrent leur vision par la force. Son directeur de la photographie Jordan Cronenweth, touché par la maladie de Parkinson, fut écarté par la production après la deuxième semaine de tournage. Écœuré de son expérience, Fincher reniera par la suite sa participation au long-métrage qui fut un succès très mitigé au box office.

Avec tous ces obstacles, Alien 3 garde une certaine unité. Il parvient même à proposer une imagerie singulière à l’univers, notamment avec ces plans étourdissants depuis le point de vue du xénomorphe en chasse. À la fois avant-gardiste et opératique, la bande originale d’Elliot Goldenthal est un modèle du genre. Elle donne à ce film de science-fiction relativement minimaliste l’allure d’une véritable tragédie, avec un final tout bonnement wagnérien. Le travail de reconstruction de la version du film de Fincher en Blu-ray vaut le détour pour ce contre-point qu’il offre au fan déçu de la version cinéma proposée par la 20th Century Fox en 1992. David Fincher s’est depuis réconcilié avec le studio qui a produit plus tard ses Fight Club et Gone Girl.

alien4Texte d’Alexis Hyaumet

Alien, la résurrection, de Jean-Pierre Jeunet (1997)

Alien, la résurrection représente souvent l’épisode mal aimé de la saga. La fin en demi-teinte de la trilogie n’avait pas découragé la 20th Century Fox de mettre en place un quatrième chapitre. Les studios avaient confié en premier lieu le scénario à Joss Whedon. Ils lui firent d’ailleurs réécrire maintes fois une bataille finale spectaculaire se déroulant sur la Terre qui ne finira pas dans le film terminé. Là encore, des réalisateurs à la griffe marquée comme Danny Boyle ou David Cronenberg furent approchés pour le mettre en scène. Mais ce fut le style inimitable de La Cité des enfants perdus qui avait convaincu les studios de confier la réalisation au français Jean-Pierre Jeunet, qui venait tout juste de terminer l’écriture du scénario d’Amélie Poulain.

Plutôt que d’entrer dans un conflit frontal avec la 20th Century Fox, Jeunet s’était mis d’accord avec les exécutifs du studio pour arriver à un compromis mutuellement avantageux. Étonnement, le cinéaste français fut autorisé à préserver ses collaborateurs principaux, comme Darius Khondji à la photographie, son monteur Hervé Schneid ou encore Pitof aux effets visuels et aussi proposer son propre casting, notamment Ron Perlman ou Dominique Pinon. Bien qu’Alien, la résurrection était une commande des studios hollywoodiens, il restait un film de Jean-Pierre Jeunet qui y a maintenu sa vision. Une vision qui est entrée en conflit avec le scénario de Joss Whedon. Et l’on sait depuis l’animosité qui règne entre le cinéaste français et le désormais réalisateur des Avengers qui a dénigré son travail des années après la sortie du film, lui préférant l’Alien vs. Predator de Paul W.S. Anderson. Si l’histoire présente quelques faiblesses, elle offrait la possibilité au personnage de Ripley de se renouveler, créant de nouveaux enjeux en faisant d’elle une expérience génétique hybride entre les xénomorphes l’être humain.

Alien, la résurrection marque aussi les pleines possibilités de l’usage des effets visuels numériques qui explosa à la fin des années 1990. Ainsi, on ne pourra enlever au film l’une des scènes mythiques de la franchise, à savoir une séquence sous-marine avec des xénomorphes se déplaçant comme des poissons dans l’eau. Il fallu d’ailleurs à la production près d’une semaine pour remplir d’eau les décors et pas moins de trois semaines de tournage où Ron Perlman et Winona Ryder manquèrent de se noyer. Grâce à Jean-Pierre Jeunet, Alien, la résurrection possède un visuel bien à lui dans cet univers déjà bien balisé. L’édition spéciale du film en vidéo demandée par la 20th Century Fox au cinéaste est aussi une vraie curiosité. Sa nouvelle fin offre une vision apocalyptique très romantique de la fin du monde avec les actrices Sigourney Weaver et Winona Ryder faisant face à un Paris en ruines. Mais quoi que l’on en dise, on aimerait bien que les blockbusters ratés d’aujourd’hui soient au moins du même niveau que cet Alien, la résurrection !

alien5Texte de Marc Moquin

Prometheus, de Ridley Scott (2012)

Au sein d’une saga déjà bien développée et marquée par une franche diversité artistique, Prometheus pose une question essentielle : comment emprunter un nouveau sentier ? Ridley Scott a, dès 2003, caressé l’espoir de suivre la piste de certains mystères d’Alien : le huitième passager, comme ce fameux et gigantesque cadavre ornant la pièce centrale du vaisseau échoué sur LV-426, lui qui aura plus tard été baptisé Space Jokey. Prometheus propose un ton qui cherche justement à s’émanciper autant que possible de l’épisode fondateur, axé ici sur une mythologie de science-fiction démiurge, revenant sur les origines de l’humanité, fameuse engeance prométhéenne. Le retour aux origines est donc double, puisqu’il ne questionne pas seulement les monstrueuses créatures xénomorphiques, mais aussi les imprudents visiteurs qui osent troubler le sommeil des Dieux.

Prometheus a justement clivé car il n’était pas Alien : le huitième passager, bien qu’il navigue au sein de l’ambiguïté qui entoure le terme préquelle. Il n’est donc ici pas question d’une partie de cache-cache horrifique dans des coursives à l’imagerie métallique et médiévale, mais plutôt d’une épopée épique qui explore avant tout ses thématiques de fond : le rapport à l’acte création ou plus encore l’hybris des hommes – comme de leurs « divins » prédécesseurs, par ailleurs. Le récit et son enrobage puisent finalement davantage dans Blade Runner ou 2001, l’odyssée de l’espace, que le film originel de la saga. La quête y embrasse un ton délibérément plus solennel et grandiose, presque à l’instar d’un péplum stellaire mettant en scène un châtiment biblique – et pour cause, le développement scénariste du film synthétise aussi des chapitres et paraboles de La Genèse (et sa suite devait originellement s’intituler Paradise Lost).

Pour une odyssée esthétique sans précédent, Ridley Scott a intégralement tourné son film en 3D (par ailleurs, aussi son premier film tourné en numérique), travaillant de la sorte son ampleur visuelle et profitant du nouvel effort technologique, à l’instar de son ami James Cameron. Le tournage marque par ailleurs sa première collaboration avec le directeur de la photographie Dariusz Wolski, avec lequel il a depuis signé tous ses autres métrages. Autant exercice de style que réappropriation de la licence culte, Prometheus a notamment le mérite d’enclencher une nouvelle saga, dont les pistes ne sont pas prêtes d’être taries vu l’étendue de l’univers à creuser, en forme comme en fond. En s’inspirant d’un mythe fondateur, cette adaptation fantasmée revient sur un cycle infernal propre à l’humanité et son évolution. Car si Alien, le huitième passager, était un parasite à échelle humaine, Prometheus confronte des civilisations démiurges condamnées à l’excès et la périclitation, des créatures à leurs créateurs, les espoirs de la science-fiction aux doutes contemporains.