Un été brûlant (Philippe Garrel, 2011)

de le 30/09/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Qui s’est frotté à La Frontière de l’aube, objet de cinéma qui dépassait allègrement l’insupportable, sait à quel point Philippe Garrel peut être médiocre, à des années lumières des petites merveilles expérimentales de sa jeunesse. Dans sa posture d’iconoclaste qu’il revendique bien trop pour qu’elle soit honnête, sous ses airs de rebelle qui marche sur les pas de son père spirituel Jean-Luc Godard, se félicitant d’être presque autant sifflé que son modèle lors de la présentation de cet été brûlant à la dernière Mostra (c’est tellement cool et trop rebelle de se faire huer), Philippe Garrel n’a vraisemblablement plus rien à dire. Assuré dans tous les cas d’avoir une bonne presse capitalisant sur son nom et son image, refusant de voir le délabrement d’un cinéma à l’abandon et dont les derniers soubresauts créent l’illusion d’un hommage à l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma français. Sauf qu’il a beau se cacher derrière le spectre du Mépris, Philippe Garrel n’a pas, ou n’a plus, le talent qu’avait Jean-Luc Godard à cette époque-là. Et il a beau se justifier au sein même de son film sur les variations autour d’un même thème chères aux peintres, sa copie est fade, sans âme, sans vie, à l’image de ses personnages vides de toute substance.

Il est toujours amusant de voir un artiste bourgeois ressasser ses obsessions d’une jeunesse révolutionnaire, même si elles n’ont plus aucun sens. C’est un peu comme observer un vieux combattant sénile raconter ses expériences de la guerre. Et comme par hasard c’est exactement ce que fait Philippe Garrel, conscient de la bêtise de son propos, quand il fait apparaître dans le film son père Maurice Garrel, grand acteur décédé il y a quelques mois. Cette scène, clairement la plus troublante du film, censée représenter l’héritage d’une famille de cinéma, n’est qu’une illustration du vide par le souvenir. Elle est toutefois bien plus intéressante que tout ce qui précède. Car pendant 1h30 qui paraissent assez interminables, il va s’évertuer à dépeindre la déliquescence d’un couple à travers le portrait d’un autre, tout en y ajoutant des éléments thématiques qui proviennent de tous les côtés, sans la moindre logique ou structure. Le résultat est un film au propos bâtard, sorte de marmite chaotique dans laquelle se mélange sans raison apparente des réflexions sur la politique sécuritaire de Sarkozy, sur la police, sur les anti-nazis, sur le délabrement artistique du peuple grec (sans doute un clin d’oeil à Godard), sur la révolution et l’anarchie, sur le couple, le mariage et la religion. C’est bien, tout cela est très important. Sauf qu’il suffit d’un peu plus d’une phrase ou d’un monologue grotesque pour espérer créer le semblant de début d’une réflexion. Là non, Philippe Garrel a décidé qu’il n’avait pas besoin d’en faire autant, tellement sur de son immense talent qu’il se tient à l’écart. Et on assiste médusé à ce triste spectacle d’un artiste qui n’a visiblement rien à raconter mais fait un film quand même, car il s’appelle Philippe Garrel, est intouchable, et c’est trop un rebelle. Il oublie à la fois de raconter une histoire, ne créant aucune base narrative solide pour esquisser quelques enjeux dramatiques, il n’a visiblement pas besoin de créer des personnages non plus et encore moins de susciter une éventuelle empathie envers eux. Non il se contente de son « usage raffiné de la couleur » dixit les Inrocks, c’est à dire que dans une scène les murs sont bleus car il y a de l’amour dans l’air puis dans une autre ils sont rouges car il n’y en a plus beaucoup, et c’est absolument génial voyez-vous. Enfin, tout ceci est assez ridicule en fin de compte, et on a sérieusement l’impression d’être devant une farce pas très drôle.

Pas très drôle et un peu bête surtout, avec sa philosophie de comptoir et son message d’adolescent en colère. Bâti sur des personnages fantômes, incarné par des acteurs absents se contentant d’un regard de chien battu et de faire la gueule (Louis Garrel est forcément à l’aise dans l’exercice, et puis il doit bien ça à son père sans qui il ne serait rien), Un été brûlant déroule son consistance au sein d’une structure extrêmement classique. Rien n’existe dans ce film, et certainement pas les relations incompréhensibles entre les personnages. S’il y a de l’amour entre eux on ne le voit pas à l’écran, s’il y a de la passion ou du désir comme le suggère le titre, on ne peut jamais les ressentir. En ce sens Un été brûlant fait même figure de mensonge au spectateur. Un vilain petit canard auteuriste grotesque d’un bout à l’autre, qui ne survit que par le naturel de ses cadrages branlants, une lumière souvent fascinante, une bande son magnifique (John Cale, très fort) et une séquence centrale de danse absolument magique. Et bizarrement si elle est si belle, c’est que c’est quasiment la seule portée uniquement par la musique, sans dialogue abscons. C’est faible pour sauver un film globalement honteux, et techniquement plus que limite en ce qui concerne le mixage sonore et le montage. Mais si le but était de se faire siffler, c’est réussi. Bravo Monsieur Garrel, et vivement le prochain.

FICHE FILM
 
Synopsis

Paul rencontre Frédéric par un ami commun. Frédéric est peintre. Il vit avec Angèle, une actrice qui fait du cinéma en Italie. Pour vivre en attendant d’être acteur, Paul fait de la figuration. Sur un plateau, Paul rencontre Elisabeth qui est aussi figurante. Ils tombent amoureux. Frédéric invite Paul et Elizabeth à Rome.